Qu’est-ce que l’érosion côtière ?
L’érosion côtière désigne la disparition progressive des terrains en bord de mer, sous l’effet des vagues, des marées, des courants et parfois des activités humaines. Ce phénomène peut faire reculer la limite entre la terre et la mer, appelée « trait de côte ».
- Sur les plages et les côtes sableuses, l’érosion est souvent visible : les vagues emportent le sable, surtout lors des tempêtes, et la forme du littoral change avec les saisons.
- Sur les falaises, l’érosion est plus lente ou moins perceptible mais tout aussi réelle. Les roches se fissurent, s’altèrent et finissent par générer des mouvements de terrain (éboulements, glissements de terrain).
Pour mesurer cette évolution, les experts étudient des repères naturels (comme la limite de la végétation, le pied des dunes ou la tête de falaise) et utilisent des techniques diverses (comparaison de photographies aériennes, relevés topographiques et bathymétriques, scans laser, etc.).
Pourquoi la région PACA est-elle concernée ?
La région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) est exposée à l’érosion côtière de manière différente selon les territoires, notamment :
Dans les Bouches-du Rhône :
- Sur la côte basse et sableuse de Camargue, où le recul peut dépasser 50 cm par an (INEC Cerema, 2018 accessible sur le site mon littoral) ;
- Sur la côte Bleue où des éboulements en falaise peuvent générer des reculs instantanés de plusieurs mètres (BRGM, 2025).
Sur les autres départements de la région :
- les côtes du Var et des Alpes-Maritimes, montrent des reculs plus modérés (moins de 50 cm/an ; INEC Cerema 2018 accessible sur le site mon littoral) ;
Les causes principales :
- La modification des conditions hydrodynamiques, liée en particulier aux aménagements humains (digues, ports, barrages) qui bloquent ou perturbent le transport naturel des sédiments (sable, galets).
- La réduction des apports en sédiments par les fleuves (à cause des barrages, par exemple).
- Le changement climatique qui entraine une élévation du niveau de la mer et rend plus fréquentes les périodes d’exposition du littoral aux phénomènes météo-marins « morphogènes » (tempêtes générant de l’érosion).
Comment surveille-t-on l’érosion en PACA ?
Le suivi du trait de côte est essentiel pour comprendre sa dynamique. Plusieurs outils et initiatives permettent de suivre l’évolution du littoral :
1. L’indicateur national de l’érosion côtière (INEC)
Élaboré par le Cerema à la demande du Ministère de la Transition Écologique et Solidaire dans le cadre de la stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte, cet indicateur présente la mobilité passée du trait de côte en métropole et dans les 5 départements et régions d’outre-mer.
Une première version a été mise à disposition en 2018 et une mise à jour est en cours de finalisation.
Cet indicateur à large échelle est ponctuellement précisé par des démarches de suivi localisées, pilotées par les acteurs locaux mais encore trop rares en PACA.
2. La plateforme Mon Littoral
Un espace collaboratif pour les acteurs locaux (élus, scientifiques, associations) afin de partager des données et d’adapter la gestion du littoral face au changement climatique.
3. Le Réseau de suivi des tempêtes littorale (Réseau Tempête)
Créé par le BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) et la DREAL PACA, ce réseau collecte des informations sur l’impact des tempêtes (submersions marines, érosion) grâce à des observateurs formés.
4. Des projets de recherche ciblés
- Projet VALSE (Projets multi-partenaires, 2012–2015) : Étude des falaises de Carry-le-Rouet (Bouches-du-Rhône) via des scans laser pour comprendre les mécanismes d’érosion.
- Projet GEBAPO (Creocean - BRGM, 2019 – 2021) : Suivi de la dynamique de plage avec mise en œuvre de technique expérimentale de gestion des banquettes de posidonie.
- Projet SEASAM (I-Sea – Cerege – SMIAGE, 2023-2024) : Production de bathymétries à partir d’images satellitaires pour la caractérisation de la dynamique d’avant côte
- Projet AMIS (Projets multi-partenaires depuis 2025) : Surveillance quotidienne de la falaise des Bonnettes (Le Pradet, Var) avec un scan laser fixe.
Comment évalue-t-on le recul du trait de côte ?
La loi Climat et Résilience (2021) prévoit pour les communes listées par décret et concernées par l’érosion :
- La réalisation de cartographies du recul du trait de côte estimé à 30 ans et 100 ans.
- L’adaptation des règles d’urbanisme (Plans Locaux d’Urbanisme – PLU) en conséquence.
Le BRGM et le Cerema ont élaboré des Recommandations pour la réalisation de ce type de carte en 2021.
Méthodes utilisées :
- Pour les plages et côtes sableuses :
- Analyse des évolutions passées (photos aériennes, mesures sur le terrain).
- Définition de scénarios relatifs aux ouvrages, prise en compte de la montée du niveau de la mer et des tempêtes exceptionnelles.
- Pour les falaises : aspect peu abordé dans les Recommandations nationales mais une méthodologie spécifique a été développée, dans le cadre d’une étude pionnière sur les falaises des Bouches-du-Rhône (BRGM, 2025).
- Analyse des reculs historiques liés à des éboulements ponctuels et étude des cycles d’érosion ;
- Définition de scénarios relatifs aux ouvrages, prise en compte de la montée du niveau de la mer.
Comment gérer l’érosion côtière ?
Face à ce phénomène, les pouvoirs publics et les collectivités privilégient une gestion durable et adaptée, en évitant les solutions rigides (comme les digues en béton) qui peuvent aggraver le problème à long terme.
D’autres solutions telles que le rechargement des plages en sédiments sont largement mises en œuvre mais s’avèrent souvent inefficaces (à renouveler très fréquemment) pour enrayer les phénomènes érosifs sur le long terme.
Stratégies recommandées :
1. Les solutions « douces » ou fondées sur la nature :
- Maintien ou re-création d’espaces de liberté des plages pour s’adapter à la mobilité naturelle des sédiments.
- Protection et restauration des écosystèmes côtiers tels que les dunes et les herbiers marins (comme les posidonies) qui permettent notamment d’absorber l’énergie des vagues et de retenir les sédiments
Exemple : Le programme Adapto teste des méthodes innovantes pour adapter les littoraux au changement climatique.
2. L’adaptation des aménagements :
- Recul stratégique : Déplacer les constructions menacées plutôt que les protéger à tout prix.
- Ouvrages légers et réversibles (comme les ganivelles en bois pour stabiliser les dunes).
3. Sensibilisation et réglementation :
- Guides pratiques pour les maires et les propriétaires (ex. : Guide falaises de PACA, 2024 et Guide Côte Bleue, 2021).
- Interdiction de nouveaux aménagements dans les zones les plus exposées.
Que faire en tant que citoyen ou collectivité ?
- Pour les particuliers :
- Éviter de construire ou d’acheter en zone à risque (se renseigner en mairie).
- Respecter les espaces naturels protecteurs (dunes, herbiers).
- Pour les élus et gestionnaires :
- Consulter les cartes de recul du trait de côte (disponibles sur Géolittoral)
- S’appuyer sur les observatoires locaux (Mon Littoral, Réseau Tempêtes) pour prendre des décisions éclairées.
- Privilégier les méthodes d’adaptation durables plutôt que les protections rigides et/ou de court terme.
En résumé
L’érosion côtière est un phénomène naturel accéléré par les activités humaines et le changement climatique. En PACA, des outils de surveillance et des méthodes d’adaptation existent pour protéger les populations tout en préservant les écosystèmes. L’enjeu est désormais de passer d’une logique de « défense contre la mer » à une gestion intelligente et résiliente du littoral.
Des plages qui grandissent : les zones d’accrétion en PACA
En PACA, certaines plages gagnent du terrain grâce à l’accumulation naturelle de sable ou de galets. C’est le cas notamment :
- À l’embouchure des fleuves (comme le Var ou l’Argens), où les sédiments apportés par les cours d’eau élargissent le littoral.
- Dans les baies protégées (ex. : plage de l’Almanarre à Hyères ou baie de Cavalaire), où les courants marins déposent du sable, formant parfois des bancs ou des flèches littorales.
- Près des ports (comme Marseille ou Toulon), où les digues modifient les courants et favorisent localement l’accumulation de sédiments.
Ces zones, bien que moins nombreuses que les secteurs en érosion, offrent des opportunités pour recharger les plages menacées. Par exemple, le sable accumulé naturellement à Cavalaire est parfois utilisé pour renforcer les plages voisines en déficit.
Attention : ces phénomènes restent fragiles et peuvent être perturbés par les aménagements humains ou le changement climatique. Les collectivités locales les surveillent pour en tirer parti de manière durable.